Identifier les failles

Nous sommes incapables de prédire quand le prochain séisme frappera, mais nous avons identifié les régions à risques.

L’économie des États-Unis est également très exposée puisque de nombreuses entreprises se sont installées dans les régions proches de la faille de Hayward. Soutenue par la présence de Google, Facebook, Apple et d’autres géants de l’industrie du web, l’économie de la baie est estimée à plus de 300 milliards de dollars.

Cinquième État économique des États-Unis, son PIB est supérieur à celui de nombreux pays. Selon Edward Field, de la Surveillance géologique des États-Unis, « il y a une probabilité de 28 %  qu’un séisme de niveau 6,7 au moins frappe la région de la baie d’ici dix ans ». Les études géologiques ont démontré qu’une rupture dans la faille de Hayward se produisait en moyenne tous les 138 ans. Comme 148 années ont passé depuis le séisme de 1868, le scénario catastrophe semble bien plus près qu’on ne le pense.

Estimer le coût
Quel en serait le coût ? En 1906, le tremblement de terre de San Francisco fit trois mille morts et l’incendie qui suivit détruisit 80 % des habitations. Le séisme le plus coûteux de Californie frappa le sud de l’État en 1994, lorsque les secousses de Northbridge d’une magnitude de 6,7 secouèrent la vallée de San Fernando. Il y eut cinquante-sept morts, les dommages et le manque à gagner s’élevèrent à 44 milliards de dollars. À ce jour, c’est la catastrophe naturelle la plus coûteuse de l’histoire des États-Unis.

On estime que les conséquences du séisme de Northbridge seront éclipsées par le prochain séisme lié à la faille de Hayward. Selon la société RMS de modélisation de catastrophes, un séisme de niveau 7 sur la faille coûterait au moins 235 milliards de dollars. Au-delà de cette magnitude, son impact est estimé à plus de 2500 milliards de dollars, habitations et industries confondues. Il causerait des milliers de morts et plus de cent cinquante mille maisons seraient inhabitables.

La Californie a beaucoup à craindre des tremblements de terre. Le nombre de séismes pourraient ne pas augmenter mais l’accroissement des richesses, de la population et de l’urbanisation rendront la région encore plus vulnérable. Ceci est vrai non seulement en Californie mais aussi à travers le monde, dans les pays en voie de développement.

Des villes aussi différentes géographiquement et culturellement que Los Angeles, Tokyo, Istanbul, Téhéran, Delhi, Manille, Mexico, Quito et Katmandou sont exposées à la menace d’un séisme majeur. Devant le nombre de personnes concernées dans les mégapoles des pays en développement, les sismologues n’ont de cesse de nous avertir qu’un séisme causant des millions de morts est une éventualité à ne pas écarter.

Limiter les dommages
Que peut-on faire pour réduire la menace sismique sur une planète plus riche et plus peuplée ?  La prédiction des tremblements de terre pourrait-elle être la réponse ?  Les géophysiciens l’ont longtemps comparée à la quête du Graal et un ensemble de pistes ont été explorées…depuis la mesure des tensions accumulées dans la croûte à l’aide de GPS, du décodage des mystérieux signaux électriques générés par la compression des roches le long des lignes de la faille jusqu’à la surveillance du comportement animal et des étranges « lumières du séisme » aperçues au-dessus des failles sur le point de rompre. Cependant, prédire qu’un « séisme de niveau 7 frappera Tokyo vendredi prochain » s’avère impossible.

On peut aussi se demander si cela serait utile. Des vies seraient certainement épargnées, mais une prévision si précise ne permettrait pas d’empêcher les destructions. Des mesures devraient être mise sen place afin d’assurer l’évacuation de plusieurs millions de personnes , non seulement avant le séisme mais pendant des mois et des années après. La prévision n’est pas la réponse unique.

Si l’on demande à tout expert pourquoi tant de gens meurent, leur réponse peut surprendre : »Les tremblements de terre ne tuent personne, ce sont les bâtiments qu tuent ». C’est devenu un mantra dans le milieu des ingénieurs, des architectes et des experts en accidentologie? Ils cherchent à réduire l’impact des caprices de la nature, des caprices qui ont fait un million de victimes au XXe siècle.

Plutôt que d’essayer de prévoir des tremblements de terre, il est préférable de s’assurer que les bâtiments dans les zones sismiques sont « sécurisés », c’est-à-dire construits de façon à rester debout lors des secousses afin que leurs habitants en sortent sains et saufs. Les scientifiques privilégient systématiquement cette approche pour la construction des gratte-ciel en Californie et au Japon, mais elle est loin d’être en application dans beaucoup de régions à risque de la planète, malgré la réglementation sur les constructions parasismiques, parfois inadaptée et souvent ignorée.